Chapardeur, voleur, douceur

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Chapardeur, voleur, douceur

Message par Kelan le Lun 5 Déc - 19:37

4ème jour du premier mois d'été 1139

C’était l’une de ces journées où Kelan arpentait les rues de Talsinia sans autre but que les laisser vagabonder, lui et son esprit, loin des tumultes de la dure réalité qui était la leur. Gaad, Naskia, et tout le reste. Laisser ses pas le guider à travers la foule, les étales, une bouteille de lait à la main dont il en avait déjà siroté la moitié, lui donnaient un sentiment de légèreté, bien loin des sombres couloirs du labyrinthe. Il s’agissait d’une autre vie, une où il pouvait s’inventer un rôle qui différait de celui de chef de bande ou de voleur. Ces moments étaient rares, mais ces moments étaient les plus recherchés.

Son regard s’attardait sur ce riche nobliaux qui négociait un bijou pour la pintade blonde qu’il se traînait et qui gloussait à ses côtés. Il observait ce vieillard qui attendait patiemment que sa femme, celle de toute une vie, termine ses emplettes. Il les voyait tous mais eux ne le voyaient pas vraiment. Des années à essayer de devenir une ombre l’avaient rendu invisible.. mais aussi capable de voir les petits détails.

Comme ce garnement, qui regardait par-dessus son épaule alors qu’il allait chiper une pomme. Il devait en être à son premier essai car il ne voyait même pas la mine sombre qui l’épiait, prête à bondir sur lui pour lui taper sur les doigts et le livrer à la garde pour un vulgaire fruit. Il y en avait trop qui, comme lui, volaient pour se sustenter. La plupart se faisaient prendre et finissaient entre les mains des garde qui, soit les renvoyer chez leurs parents en grondant et les obligeant de rembourser le geste alourdi d’une taxe, soit finissaient à l’orphelinat. Pour lui, il s’agissait de son jour de chance.

- Ha, te voilà ! Tu disparais de ma vue pour une pomme !

Le gamin sursauta, penaud. Il avait compris qu’il s’était fait prendre. Mais il allait éviter la réprimande. Du moins, la plus violente. Kelan s’approcha, lui ébouriffa les cheveux et se saisit de la pomme pour lui mettre dans les mains devant le regard noir du marchand. Le voleur se tourna, lui jeta les piécettes pour payer la pomme, non sans planifier de les récupérer dans la nuit.

Il pressa l’enfant d’avancer, loin du bedonnant barbu qui tenait l’étale et ils disparurent au coin d’une rue. Il s’apprêtait à le sermonner, lui faire la morale mais l’enfant éclata en sanglots mettant à mal ses résolutions. Kelan soupira.

- Dis moi que tu as des parents.


Le gamin renifla, hocha la tête et s’essuya le bout du nez avec sa manche. Il arracha un sourire au voleur.

- Allons-y.

Et il l’escorta jusqu’à chez lui.
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Athénaïs le Lun 5 Déc - 21:13

Comme tous les jours de la semaine depuis à présent plusieurs mois, les matinées d’Athénaïs suivaient un programme bien défini et bien chargé. Rodée, elle enchaînait les tâches instinctivement voire même mécaniquement. Après avoir levé son frère et l’avoir envoyé chez son précepteur, il lui fallait ranger la maison avant de pouvoir enfin s’occuper de son père. Lui aussi, il lui fallait le lever puis s’en occuper.

Depuis plusieurs semaines, la soigneuse qui venait chaque jour le masser afin de garder ses muscles en forme avait dû stopper ses visites. Non pas car elle ne souhaitait plus s’occuper de son patient, mais parce que cela était devenu trop onéreux pour la famille. Cette tâche avait donc échu à Athénaïs qui avait bénéficié de certains conseils de la part de la masseuse lors de sa dernière visite. Ainsi, même si elle n’avait pas vraiment de don pour cela, elle pouvait au moins soulager son père.

La matinée était déjà bien entamée quand elle l’aida à s’installer sur son lit, d’abord sur le dos. La soigneuse lui avait donné un pot d’huile composée de plusieurs huiles essentielles bénéfiques pour les muscles. Il était déjà bien entamé, et bientôt il faudrait qu’Athénaïs se rende chez l’apothicaire pour s’en procurer un nouveau. En attendant, elle en recueillit dans ses mains et se les frictionna énergiquement de manière à la réchauffer. Ce n’était pas vraiment très utile étant donné que son père ne sentait rien mais ainsi la matière était beaucoup plus facile à travailler. Elle commença par masser consciencieusement les muscles des cuisses. En silence, jusqu’à ce que son père l’interrompe.

-Dommage qu’Eilis ait dû arrêter les séances, tu t’y prends vraiment comme un pied.

-Qu’en sais-tu ? Je croyais que tu ne sentais rien..

- Pas besoin de le sentir, je le vois sur ton visage et à tes gestes.

- Je fais ce que je peux…


Grimaçant, elle reprit ses mouvements en essayant de s’appliquer du mieux qu’elle put. Après avoir passé 10 minutes sur la jambe gauche, elle passa à la droite. Elle s’appliquait à nouveau de l’huile sur les mains quand on toqua à la porte. Intriguée, n’attendant pas de visite, elle échangea un regard avec son père qui lui fit signe d’aller ouvrir. Elle se ressuya alors les mains rapidement et se rendit à l’entrée de la maison.
En ouvrant la porte elle tomba nez à nez avec un homme qui lui était parfaitement inconnu. D’épais cheveux noirs encadraient son visage peu avenant. Elle ne prit pas le temps de le détailler d’avantage, l’acceuillant de manière à savoir ce qui pouvait bien l’amener ici.

--Bonjour, est-ce que je peux…

Mais avant qu’elle n’ait le temps de poser sa question, une silhouette se détacha de celle de l’homme. Plus petite, plus frêle, elle reconnut immédiatement la frimousse de son petit frère. Aussitôt elle fronça les sourcils et s’adressa directement à lui.

--Arthur, mais qu’est-ce que tu fais ici ? Tu es censé être en cours !

Puis elle remarqua ses yeux rougis, ses joues baignées de larmes et surtout cet air désolé qu’il arborait à chaque fois qu’il venait de commettre une bêtise. Alors, elle reporta son attention sur l’homme qui l’accompagnait, se demandant bien ce qui avait bien pu se passer. Toujours un peu mécontente mais essayant de se radoucir pour éviter d’agresser l’inconnu, qui visiblement était là pour raccompagner le petit garçon désobeissant, elle le questionna.

-Que lui est-il arrivé ? Où l’avez-vous trouvé ?

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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Kelan le Mer 7 Déc - 16:22

L’enfant avança, sans cesser de renifler et en jetant par moment des coups d’œil furtifs en arrière pour vérifier si le voleur était toujours sur ses talons. L’homme ne le lâcha pas d’une semelle et le suivit jusque dans le quartier des moissonneurs. Il ne s’agissait pas d’une zone de Talsinia qu’il côtoyait régulièrement. Il n’y avait que d’honnêtes travailleurs –enfin, pour la plupart- et leur dur labeur ne méritait pas qu’ils soient victimes de vol, même pour une grosse quantité de lutfa. Non, il valait mieux dérober la marchandise aux commerçants qui pratiquaient des tarifs exorbitants. Eux étaient les véritables voleurs.

Ils arrivèrent finalement jusqu’à sa demeure et le garnement toqua à la porte, certainement à cause de la présence de son escorte. Une femme ouvrit la porte, elle ne s’attendait visiblement pas à retrouver son gamin à la porte alors qu’il était censé être à l’école. Elle avait un regard dur pour son enfant et, lorsqu’elle porta son attention sur Kelan, il se détendit légèrement. Sur son visage se lisait un certain mécontentement. Le voleur jeta un regard vers l’enfant avant de remonter les yeux sur la jeune femme qui lui faisait face.

- Votre fils a échappé à de fâcheux ennuis. Il s’apprêtait à dérober une pomme à ce vieux Lars. Je lui ai évité de se retrouver devant vous avec des gardes plutôt qu’avec moi pour escorte.

Kelan afficha un air avenant. Il n’était pas le seul garnement à avoir l’estomac tiraillé par la faim et, ceux qui y étaient confrontés perdaient un tas de préjugés sur le vol. Si sa famille peinait à se sustenter, il ne méritait aucune réprimande. C’était pour cette raison que le voleur était venu à son secours. Soit il allait sauver une bonne âme, soit il ramenait un vilain gamin qui méritait une sérieuse correction.

Mais la femme qui lui faisait face semblait marquée par l’inquiétude. Il pouvait se méprendre, mais Kelan ne croyait pas à avoir à faire avec un enfant capricieux. Il avait voulu cette pomme parce qu’il avait faim. Il en était presque certain.

- J’ai préféré vous le ramener plutôt que de le laisser trainer dans les rues. Ce n’est pas un temps à vagabonder. On risque la prison ou de tomber sur de mauvaises fréquentations.

Comme celle d’un voleur par exemple.

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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Athénaïs le Mer 7 Déc - 20:25

Arthur se tenait toujours à côté de l’homme, en retrait, comme s’il craignait de s’approcher de sa sœur parce qu’il savait qu’il avait commis une grosse bêtise et que la présence de l’inconnu suffisait à lui assurer un semblant de protection. Cependant il se doutait bien que cela n’allait pas durer et qu’incessamment sous peu il devrait assumer son erreur.

L'homme prit la parole pour répondre à ses questions et lui révéla qu’il l’avait surpris en flagrant délit de vol. En entendant cela, Athénaïs jeta un regard froid à son frère qui se cacha derrière l’homme comme s’il craignait de recevoir une correction sur place. La jeune femme était profondément déçue d’un tel comportement de la part du petit garçon qui, jusqu’à présent avait toujours été dépeint comme quelqu’un de bien élevé et discret. Heureusement, comme l’homme venait de le lui dire, il n’avait pas été attrapé par la garde qui, en ces temps un peu troublés, ne manquait pas d’être intransigeante avec la populace. Elle espérait d’ailleurs que les propos de son bienfaiteur du jour, qui allaient dans ce sens, allaient bien lui entrer dans le crâne pour le décider à ne pas récidiver. Puisqu’il n’écoutait pas Athénaïs peut-être que sortant de la bouche de quelqu’un d’autre cela avait-il plus de chance d’être enregistré. Avant de remercier l’inconnu, elle lui fit signe d’entrer dans la maison en s’adressant à lui d’une manière ferme qui n’appelait nullement à une quelconque possibilité d’avoir le choix.

- Rentre, immédiatement.

Arthur hésita un instant, pas du tout pressé de se faire sermonner. Puis en trainant les pieds, il quitta sa zone de sécurité et se dirigea vers la maison en prenant soin de baisser la tête pour éviter de rencontrer le regard de sa sœur. Sans qu’elle ait besoin de le lui dire, il se dirigea directement dans sa chambre. Après s’être occupée de son sauveur, elle allait devoir avoir une sérieuse discussion avec lui, chose qu’elle aurait préféré éviter. Mais son père n’étant pas en état, c’était elle qui devait se charger de son éducation. Elle était d'ailleurs bien curieuse de savoir ce qui l'avait poussé à agir ainsi, en principe il était convenu qu'il déjeune tous les matins chez son précepteur. Elle ne se doutait pas que la faim ait pu le conduire à ce genre de comportement. Athénaïs poussa alors un soupir avant de se tourner embarrassée vers l’homme aux cheveux noirs. Elle crut bon de devoir se justifier, d'abord parce que l'inconnu avait cru qu'il s'agissait de son fils et qu'elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle était une mauvaise mère mais aussi parce que ce n'était pas un comportement qui lui était habituel. Leurs parents avaient toujours fait leur possible pour bien les élever.

- Je suis vraiment désolée. En fait, il s'agit de mon petit frère et ce n'est pas un vagabond. Il teste juste mes limites en ce moment et..

Les problèmes que pouvait lui causer son frère n’intéressait sans doute pas l’homme qui avait sans doute fait cette bonne action dans le but d’être ensuite récompensé. Et même si cela n’était pas le cas et qu’il avait été poussé à agir par bonté d’âme, cela n’était pas non plus une raison pour lui déballer sa vie. Ce n'était pas son genre de toutes façons.

-Je vous suis très reconnaissante de l’avoir ramené ici.

Pour joindre le geste à la parole, elle décrocha de sa ceinture une petite bourse et l’ouvrit pour en cueillir quelques piécettes afin de récompenser ce geste malheureusement bien trop rare.  Cependant, elle fut surprise de ne découvrir que quelques kat de bronze alors qu’elle était persuadée de posséder bien plus que ça. Elle pinça les lèvres, à la fois gênée et excédée à l’idée qu’un petit chapardeur soit passé par là. Ils devaient déjà faire face à certains problèmes d'argent alors si en plus son propre frère la volait, elle ne savait pas comment ils allaient s'en sortir.

-J’aurais aimé vous récompenser mais je n’ai même pas de quoi acheter une pomme sur moi... Si vous repassez demain je vous promets de vous donner de quoi vous dédommager…

Athénaïs ignorait totalement à quel genre de personne elle avait à faire, sa manière de se vêtir laisser penser qu’il ne faisait certainement pas partie de la haute société talsinienne. Dans tous les cas, qui qu’il soit, elle ne pouvait décemment pas le laisser repartir les mains vides. Elle espérait juste qu'il se montre compréhensif.
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Kelan le Jeu 8 Déc - 18:02

La jeune femme écouta son récit des faits, non sans porter sur le garnement un regard aussi dur que lourd de significations. Nul doute qu’il allait passer un sale quart d’heure, ce que confirma le ton ferme avec lequel elle le fit disparaître dans leur maisonnée. L’enfant lui obéit sans hâte et Kelan l’observa. Il se déplaçait comme un condamné qui savait la sentence qui l’attendait. Elle aussi le suivit du regard, ce qui permit au voleur de la détailler un peu plus. Elle avait une peau claire, de longs cheveux châtains. Ce n’était pas vraiment une beauté mais elle n’était pas non plus vilaine. Il n’eut guère plus de temps pour compléter son avis car elle reportait déjà son attention sur lui.

Elle s’excusa de son comportement, précisant au passage que son frère –car Kelan s’était mépris- n’était pas de ces gamins qui passent leur temps à hanter les rues et quémander la piécette. C’était la description la plus commune du terme vagabond qu’employait la plupart des gens. Lui savait ce qu’ils vivaient, ces enfants, il les côtoyait régulièrement. Vagabonder n’était pas une tare, juste une condition imposée par la vie.
Visiblement, il n’en était pas à son premier écart, comme son aînée le mentionna. Ce devait être un comportement habituel chez un enfant. Naskia, par certains côtés, testait elle aussi les limites de l’autorité, qu’il s’agisse de la sienne ou de celle de l’Eminence. Aussi ne la comprenait-il que trop bien.

- Je vous comprends, soupira-t-il simplement avant qu’elle ne le remercie.

Le mouvement qu’elle fit pour s’emparer de sa bourse lui tira un froncement des sourcils. Kelan la vit chercher de quoi le récompenser, ce qui le surprit, peu habitué qu’il était d’être récompensé pour des bonnes actions. Mais, à son tour, elle grimaça, révélant bien malgré elle à l’inconnu qu’il était ce qui avait poussé son frère à agir ainsi. Elle s’en excusait et lui proposait de repasser demain. Comme si, en une seule nuit, tous les soucis pouvaient s’évanouir, chasser par la fin du jour.
Le voleur lui fit les gros yeux et repoussa la main qui tenait la bourse contre la jeune femme.

- Je n’ai pas besoin d’être récompensé. Encore moins par de l’argent.

Kelan s’étonnait toujours qu’il s’agisse des gens qui en avaient le moins qui se trouvaient les plus généreux. La femme, dont il ignorait toujours le nom, ne dérogeait pas à la règle. Il aurait fallu être d’une cruauté sans nom pour accepter de recevoir le peu qu’il devait lui rester.

A sa main, il tenait toujours la bouteille de lait à demi entamée. Ce n’était pas grand-chose, mais il lui aurait bien donnée, c’était toujours cela de pris. Kelan se doutait cependant qu’elle refuserait son geste. Aussi essaya-t-il une autre approche.

- Nous pourrions peut-être la partager ? fit-il en désignant la bouteille contenant le lait. Je ne la finirais pas et ce serait triste de le perdre.
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Athénaïs le Ven 9 Déc - 23:20

Alors qu’elle souhaitait remercier financièrement l’homme, ce dernier la stoppa net dans son entreprise en repoussant son geste. Gênée et surprise, elle l’attacha à nouveau à sa ceinture sans dire un mot. Elle ne savait que dire, elle était simplement heureuse de constater qu’il existait encore de bonnes âmes dans cette ville. Elle ignorait toujours à qui elle avait à faire et si elle avait pu penser qu’il avait agi dans son propre intérêt dans le but de se voir récompenser pour son acte, il avait chassé cette idée de son esprit en refusant de recevoir la moindre compensation.  

Elle lui adressa un léger sourire, elle était plutôt satisfaite qu’il ait décliné sa proposition car en découvrant la vacuité de sa bourse elle s’était retrouvée affreusement embarrassée. Athénaïs s’en voulait un peu d’avoir avoué à demi-mot qu’elle disposait de peu de moyens. Elle avait fait cela plus par soucis d’honnêteté que pour attiser la pitié de son interlocuteur. Manquer d’argent était une chose mais que d’autres personnes soient au courant en était une autre et pour le coup c’était sa fierté qui en prenait un coup.  

Seulement, alors que de nouveau la cartomancienne s’apprêtait à le remercier pour sa compréhension et son comportement avenant, il baissa les yeux sur l’une de ses mains qui tenait une bouteille de lait. Il la lui montra et lui proposa de la partager avec elle prétextant qu’il ne la finirait pas. A cette proposition, Athénaïs sentit le rouge lui monter aux joues, non pas parce qu’elle trouvait cela indécent de la part d’un homme qu’elle ne connaissait pas, mais parce qu’elle savait qu’il avait deviné leur situation financière délicate. Qu’on lui fasse la charité était bien la dernière chose dont elle avait besoin. Cependant, l’homme avait raison, ça lui aurait fait mal au cœur de gâcher du lait d’autant plus qu’elle et sa famille se privait souvent pour subvenir à leurs besoins alimentaires.

- Vous avez raison, ce serait du gâchis…

- Athénaïs ! Espèce de petite voleuse !

La jeune femme sursauta en entendant son prénom être vociféré dans la rue. Elle détourna son attention de son interlocuteur et posa ses yeux sur une silhouette qu’elle ne connaissait que trop bien et à qui appartenait la voix grave et rocailleuse qui venait de l’interpeller. Un homme aussi fin qu’une brindille, arborant une épaisse moustache et des cheveux grisonnants s’approchait d’elle à grandes enjambées avec un air menaçant.

-Bonjour Monsieur Kael, je suis contente de vous voir en si grande forme.

- Ne prends pas cet air mielleux avec moi. Je veux mon argent, tout de suite !

L’odieux personne se tenait à présent devant elle, les sourcils froncés, le visage rouge de colère et se moquant d'être discret, il était planté devant le pas de la porte et n’en délogerait pas tant qu’il n’aurait pas ce pour quoi il était venu ici. La jeune femme jeta un regard derrière l’épaule de Kael et se rendit compte que l’inconnu était toujours présent, observant la scène. Elle avait pensé qu’il profiterait de cette interruption pour se faire la malle. Un peu honteuse qu’il assiste à ce genre de scène, elle ne se laissa pas démonter pour autant et tenta d’arrondir un peu les angles pour éviter que cela ne tourne au cauchemar.

-Je vous promets de vous l’apporter dans les deux jours. Mon père a eu…

-Je me fiche de ton père et de ses problèmes de santé ! Si je n’ai pas mon argent ce soir, je te dénonce, toi et ta famille, à la garde !!
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Kelan le Lun 12 Déc - 17:43

Sa proposition sembla lui faire un certain effet car elle passa au cramoisie dans la seconde. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour accepter et, lorsqu’elle le fit, un homme vociféra à l’autre bout de la rue en hélant une certaine Athénaïs. Ce devait être la jeune femme à qui le voleur parlait car elle sursauta aussitôt.

Un maigrelet s’approcha, le pas sûr et la démarche d’un homme en colère. Elle l’accueillit poliment mais il la coupa, beuglant après de l’argent qu’elle lui devait probablement. Dans le genre gros lourd sacrément idiot, il devait être le champion de la catégorie malgré son poids plume. Il était aussi rouge qu’une tomate et, s’il ne se reprenait pas, Kelan s’attendait à le voir exploser comme si on l’avait trop pressé !

Le voleur fit un pas en arrière et tourna les talons, prêt à s’éloigner d’un spectacle qu’il connaissait par cœur et dont les incessantes répétitions en avaient fini par l’écœurer. Celle-ci ne dérogerait certainement pas à la règle. Mais alors qu’il n’avait pas encore fait un pas, l’homme beugla de plus belle et se fit menaçant, en mentionnant la garde, alors que la jeune femme tentait d’arrondir les angles et lui promettait de lui apporter son dû.

- On ne parle pas comme ça à une dame, fit Kelan après avoir décidé d’intervenir.

De l’épaule, il repoussa l’homme qui ressemblait à une brindille malgré la carrure du voleur. Il recula de quelques pas, l’air colérique sur le visage. Il le jaugea un instant et dut se résoudre à ne pas jouer des poings avec le Réprouvé car, comme en attestait la cicatrice qui marquait sa tempe, il ne s’agirait pas d’une nouveauté pour Kelan si une bagarre devait éclater.

- La dame vous a dit deux jours, alors revenez dans deux jours. A ce moment-là vous pourrez éventuellement déranger mes hommes ! Est-ce bien clair, Monsieur Kael ?! fit-il d’une voix grave et imposante.

Le voleur tentait un gros coup de bluff mais il y était allé avec assurance et avait appuyé sur le nom du bonhomme pour noter qu’il avait bien retenu son nom. Et c’était ce qu’il avait fait. Ce soir, Kael aurait droit à une petite visite nocturne. Et l’argent que lui devaient Athénaïs et son père deviendrait le cadet de ses soucis.

Le regard noir qui lui lança suffit à chasser le frêle colérique. Il espérait qu’il l’avait cru mais, dans le cas contraire, la garde était aux affaires pour préparer l’exécution. Elle n’aurait que faire d’une dette impayée. Cela lui laissait à elle du répit, à lui l’occasion de sévir. Kelan attendit qu’il disparaisse au coin de la rue et reporta son attention sur la jeune femme. Il se détendit un peu et posa sur elle un regard compatissant. Il savait ce qu’elle vivait.

- Je mets une condition à partager le lait avec vous.

Il fit un signe de la tête vers l’endroit d’où était apparu le maigrelet.

- Vous m’expliquez ?
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Athénaïs le Sam 17 Déc - 20:24

Comme à son habitude, c’est à un bien lamentable spectacle auquel se livrait le dénommé Kael. Un de ceux qui n’était malheureusement pas rare dans les quartiers populaires. L’homme, acariâtre au possible, n’avait absolument aucun problème avec le fait d’étaler son linge sale en public. Son comportement agressif et ostentatoire interpellait les passants férus de ce genre de scène et qui de fait, n’hésitaient pas à marcher un peu plus près pour écouter de quoi il en retournait. Athénaïs savait très bien qu’en plus de vouloir lui faire peur il voulait également que la jeune femme se fasse remarquer.

Un peu honteuse d’être ainsi pointée du doigt dans la rue, devant des gens qu’elle pouvait éventuellement connaître, elle sentit son visage blêmir lorsqu’il s’écria qu’il n’hésiterait pas à la dénoncer à la garde. S’il avait déjà été menaçant par le passé, c’était la première fois qu’il se montrait aussi virulent. Mais loin d’avoir envie de se laisser impressionner et parce que l’honneur de sa famille en dépendait, elle serra les poings et s’apprêta à prendre son courage à deux mains pour riposter aux menaces. Cependant, l’inconnu qui avait raccompagné son frère et dont elle avait totalement occulté la présence, surgit afin de prendre la défense d’Athénaïs.

Usant de son charisme, il menaça à son tour l’odieux personnage qui, surpris d’une telle intervention, n’en mena bientôt plus bien large. Il fallait dire que l’homme aux cheveux noirs se montrait particulièrement éloquent et sûr de lui, suffisamment pour que finalement Monsieur Kael ravale son venin et finisse par quitter les lieux en grommelant.  

Soulagée de s’en être bien tirée – encore une fois grâce à l’intervention de cet inconnu, la jeune femme poussa un soupir et se détendit. Elle devait de nouveau une fière chandelle à celui qui, après s’être assuré que tout danger était écarté, s’adressa à elle avec bienveillance avant qu’elle n’ait le temps de le remercier. Ce à quoi il venait d’assister avait visiblement éveillé sa curiosité et il souhaitait connaître les tenants et les aboutissants de toute cette histoire. La jeune femme se mordit la lèvre, gênée à l’idée de faire ce genre de révélation à un parfait étranger et même si elle doutait qu’il fasse partie de la garde comme il l’avait prétendu, cela pouvait toutefois être une possibilité. Raison de plus pour être méfiante.

Cependant, il était intervenu à deux reprises aujourd’hui pour aider sa famille alors que rien ne l’y obligeait. Rien que pour cette raison, elle savait qu’elle lui devait au moins une explication, pour qu’il sache ce pour quoi il s'était interposé. Le partage de la bouteille de lait n’avait quant à lui absolument aucun poids dans sa prise de décision.

- Oh ce n'est pas grand chose. Monsieur Kael est créancier. Mon père ne pouvant pas travailler et ayant mon frère à ma charge, j’ai dû lui emprunter de l’argent il y a quelques mois. Argent que j’ai de plus en plus de mal à lui rembourser.

Elle lui épargna les détails, elle n’était pas du genre à se plaindre de sa situation et elle doutait que l’homme souhaite en savoir d’avantage. Elle avait adopté un air un peu détaché en faisant son récit pour cacher l'inquiétude que la situation provoquait chez elle. Avant qu’il ne pose d’autres questions et parce qu’elle se rendait compte qu’elle parlait toujours à une personne qui lui était méconnue et parce qu’elle tenait à le remercier, elle se risqua à lui demander :

-Vous n’êtes pas vraiment de la garde, pas vrai ? Pourrais-je connaître votre prénom ?
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Kelan le Dim 23 Avr - 20:58

La jeune femme sembla hésiter un moment avant d’accepter l’offre qu’il lui faisait. Elle n’était obligée de rien et la bouteille de lait qu’il offrait de partager était un bien maigre marché au regard de ce qu’il demandait avec sa curiosité mal placée. Mais Athénaïs, comme le lourdaud l’avait appelée, décida d’accéder à sa requête et partagea une histoire comme il en avait bien trop entendue dans le labyrinthe.

Et Kelan savait où cela risquerait de la mener dans les jours qui suivraient si elle ne parvenait pas à rembourser son créancier. Il saisirait ses biens et les Réprouvés verraient leur rang grossir d’un infirme, d’une jeune nigaud et d’une jeune femme probablement intelligente mais qui se sentirait abattue d’avoir échoué dans sa tâche. Il ne s’agissait pas exactement de recrues de premiers choix.
Fière, elle resta suffisamment évasive pour ne pas en dévoiler trop à un inconnu qui, selon les circonstances, auraient pu la faire chanter en échange de certains services. Le voleur reconnut là sa prudence et ne se décida pas à l’embarrasser davantage. Il était toujours difficile de reconnaître une situation inconfortable, encore plus face à un inconnu.

Lorsqu’elle s’enquit de son identité et remit en cause son appartenance à la garde, Kelan se mit à rire aux éclats.

- Allons, est-ce que je parais aussi simple d’esprit et rustre que ces merveilleux défenseurs de notre belle cité ?! Vous m’en voyez offensé si tel est le cas ! Moi qui pensais que mon esprit était aussi vif qu’un furet !

Il fronça les sourcils et parut pensif l’espace de quelques instants. Puis il lança un regard plus sérieux sur la jeune femme à la longue chevelure noire.

- Nous sommes d’accord, un furet, c’est vif, n’est-ce pas ? Ou alors, prenez n’importe quel animal qui vous paraît vif et j’estimerais avoir un esprit aussi vif que celui-ci ! Enfin, j’ose espérer ! Sinon, je ne vaudrais guère mieux qu’un garde !

Il se mit alors à rire à nouveau avant de tendre sa main à la jeune femme, les larmes au bord des yeux en imaginant les gardes aussi vifs que des limaces. Après tout, il s’était joué d’eux plus souvent qu’à leur tour.

- Je me nomme Kelan, et non, je ne suis pas garde. Disons que mon métier m’offre le loisir d’arpenter cette ville au grès de mes envies.

Cela faisait de lui quelqu’un d’immensément riche pour avoir autant de temps pour flâner à travers la fille. Ou d’immensément pauvre. Mais cela, ce serait à la libre appréciation de la jeune femme. Lui aussi était donc évasif. Non pas qu’il n’était pas peu fier de sa condition, mais il était aussi prudent qu’elle. Les récents évènements le poussaient à se montrer davantage prudent avec les inconnus.


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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Athénaïs le Lun 1 Mai - 19:13

Athénaïs était loin de s’imaginer que sa question pourtant innocente et dénuée de toute connotation comique allait susciter une telle réaction chez son interlocuteur. Elle lui fit les yeux ronds lorsqu’il lui éclata de rire au nez. Il s’étonnait visiblement qu’elle ait pu un instant le confondre avec un des gardes. Il lui signifia bien vite que pour lui être associé à la garde de la ville relevait de l’insulte.

Certes on pouvait entendre parfois et même être témoins de temps à autre des excès que certains gardes pouvaient commettre dans l’exercice de leur fonction, cependant elle trouvait que Kelan exagérait quelque peu. La garde était indéniablement en grande difficulté en ce moment et on ne pouvait pas dire que certains se montraient coopératifs avec elle. En tout cas, beaucoup d’amertume et surtout de vécu devaient se cacher derrière ces mots et il n’en fallut pas plus à la jeune femme pour avoir une certaine idée du genre de personne que l’homme pouvait être. Elle ne porta toutefois absolument aucun jugement là-dessus.

Silencieuse, elle se contenta d’acquiescer à ses paroles, le laissant se gargariser de s’imaginer être plus vif que la garde. Voilà un homme qui devait très certainement avoir une haute opinion de lui ou en tout cas ne pas manquer de confiance quant à ses compétences. Après une nouvelle séquence de rires, il lui tendit la main de manière à effectuer des présentations en bonne et due forme. Elle baissa les yeux sur cette main tendue et sans hésiter la lui serra. La manière affirmée dont il le la lui secoua confirma un peu ses pensées à son sujet.

- Enchantée Kelan. Comme vous avez dû le comprendre, je m’appelle Athénaïs et sachez que j’aime mieux vous savoir vif comme un furet plutôt que de vous savoir en avoir l’odeur.

Elle récupéra sa main pendant qu’elle le laissait lui, récupérer ses esprits et croisa ses bras pour l'observer attentivement. A priori il ne portait vraiment pas les gardes dans son cœur pour en dresser un tel portrait mais surtout pour s’en moquer aussi facilement devant une inconnue. Prendre un tel risque relevait un peu de la folie étant donné le climat hostile ambiant et la facilité à laquelle certains s’adonnaient à la délation. Mais il devait très certainement se dire qu’avec la chandelle qu’Athénaïs lui devait ou parce qu’il devait être un homme suffisamment influent dans son milieu, il n’aurait absolument rien à craindre d’elle. Ce qui n’était pas forcément faux dans le sens où elle n’avait cure de ses opinions concernant la garde et avait certain mieux à faire que d’aller balancer les médisances des uns sur les autres.

- Vous semblez avoir bien des griefs contre la garde. Vous n’avez pas d’ennuis j’espère ?

Ce n’était pas une curiosité mal placée de sa part mais un moyen pour elle de voir si elle ne pouvait pas lui rendre le service qu’il venait tout juste de lui rendre. Après tout, si elle pouvait se rendre utile de quelque manière que ce soit. Cela dit, il n’avait pas l’air d’être un homme accablé par les soucis, tout du moins par ceux qui pouvaient peser sur le petit peuple. A bien l’observer, on ne pouvait que remarquer qu’un certain charisme semblait l’habiter, charisme qui devait très certainement l’avoir mené loin.  Et cela, même si son accoutrement rapiécé ou son allure semblaient dire le contraire.
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Kelan le Mer 3 Mai - 13:38

La jeune femme au regard sombre le jaugea un instant à mesure qu’il déblatérait contre les gardes. Il fallait dire que Kelan s’occupait le plus clair de son temps à pourrir le leur avec les larcins ou la libération de ses camarades. Et l’étonnante faciliter avec laquelle il se jouait d’eux ne plaidait clairement pas en leur faveur. Etre garde était rarement un signe de réussite professionnelle. Ils sont trop idiots pour réfléchir et pas assez forts pour faire la guerre, c’était le résumé de leurs compétences selon Kelan. Et il s’agissait de pensées sans animosité. Un peu comme lorsque l’on dit que les rats transportent les maladies. Il ne s’agit que d’un fait, comme pour les gars.

Elle se présenta officiellement et le voleur opina du chef à l’écoute de son nom. Il ne put d’ailleurs réfréner un large sourire lorsqu’elle commenta sa mention à propos du furet. Au moins ne manquait-elle pas d’humour ! Savait-elle que l’avantage de puer comme un furet, c’était qu’on ne viendrait pas vous chercher de poux ? Probablement pas et ce petit stratagème qui permettait de détourner le nez et le regard des curieux restait un petit secret de Réprouvé. « Brillez, et on vous regarde. Sombrez, et on vous ignore » se plaisait-il à se rappeler lorsqu’il se mettait en tête d’un plan un peu élaboré.

Athénaïs s’enquit alors de sa relation avec la garde. Qu’il lui jouait des tours et lui donnait du travail en plus n’était probablement pas la meilleur des réponses qu’il pouvait lui donner.

- Non, du tout.

Et c’était la vérité. La garde était incapable de l’ennuyer, il s’agissait vraiment de l’inverse. Mais ça aussi, il se garda d’en faire mention.

- Mais vous connaissez comme moi leur réputation de rustauds. Plus j’en suis loin, mieux je me porte !

Et c’était encore la vérité. Ils n’avaient jamais mis la main sur lui mais si d’aventures cela arrivait, sûr qu’il passerait un sale quart d’heure entre leurs poings. Aussi, il se faisait un devoir de leur échapper. C’était l’une des premières choses qu’il avait enseignées à sa protégée. Mieux vaut abandonner son butin que de finir entre leurs mains. Les enfants abandonnées étaient envoyés à l’orphelinat ou à leurs parents et les voleurs en prison, non sans profiter d’une bonne raclée au passage.
Ce que le petit frère de la jeune femme avait failli découvrir bien malgré lui.

- En tous les cas, votre cadet en aurait fait l’amer expérience…
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Athénaïs le Mer 3 Mai - 19:35

Un léger sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu’il lui assura qu’il n’avait pas de démêlés avec la garde. Bien sûr elle était loin de le croire sur parole, ils ne se connaissaient pas et il n’y avait absolument aucune obligation de sa part de lui dire la vérité. Cependant, elle lui accordait le bénéfice du doute plus parce qu'il avait accompli une bonne action aujourd'hui que par naïveté.

Kelan avait sans doute raison de vouloir se tenir loin des gardes, mais cela ne faisait que rajouter un peu de mystère à ce qu’il pouvait bien faire pour occuper ses journées et gagner sa vie. Athénaïs aurait pu trouver une demi-douzaine d’emplois différents qu’il aurait pu occuper. Néanmoins il ne lui vint pas à l’esprit d’en imaginer un seul. Elle n’était aucunement curieuse et cet homme après tout, elle ne le reverrait certainement jamais alors autant s’en tenir à des discussions de surface et de courtoisie. Moins elle en savait et mieux c'était.

- Oui vous avez raison.

La dernière phrase laissée en suspens par Kelan fit disparaître le sourire de son visage. Nul besoin d’aller plus loin pour convoquer dans son esprit certaines images. Elle avait parfois été témoin des exactions commises par la garde et notamment sur de pauvres jeunes qui avaient, comme son frère, tenté de commettre un petit larcin et s’étaient fait attrapés puis durement réprimander devant les passants qui restaient totalement passifs voir aveugles. L’idée même que son petit frère puisse se trouver à leur place lui glaça le sang.

Au loin se mit à résonner le clocher indiquant que la journée était à présent bien avancée et qu’Athénaïs venait de passer un sacré bon moment à discuter. Cette interruption dans le court de ses pensées lui fut bien salutaire.  Un regard levé vers le ciel lui permis de voir la position du Soleil et donc de prendre conscience de l’heure qu’il était. Elle s’étonnait que son père ne l’ait pas encore appelée face à cette longue absence de sa part. Elle reporta son attention sur Kelan.

- Je ne veux pas vous paraître impolie, mais je vais devoir prendre congé. J’ai encore beaucoup de choses à faire…

Notamment faire la morale à son petit frère et trouver un moyen de rembourser son créancier mais ça Kelan n’avait pas à le savoir. Tout cela se rajoutait à sa longue liste déjà bien fournie et qui l’occuperait jusqu’au soir. Elle se passa une main dans les cheveux distraitement un peu gênée avant d’ajouter d'une voix douce.

- Merci encore pour votre aide, Kelan. Si d’aventure il y a quoique ce soit que je puisse faire pour me rendre utile, n’hésitez pas.  


Puis en guise d'au revoir elle lui tendit la main affichant un air avenant sur son visage.
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

Message par Kelan le Lun 8 Mai - 20:18

Il s’était senti le besoin de rappeler à son souvenir la peu glorieuse aventure de son frère. Ce fut probablement la raison du changement d’expression de son visage et ce qui sonna son départ alors que la cloche tintait au loin. Athénaïs fit montre de politesse pour ne pas le froisser. Le Réprouvé n’avait aucune raison d’en prendre ombrage tant il l’avait déjà bien accaparée sans réelle raison.

Kelan hocha la tête alors que la jeune femme faisait danser l’air dans ses cheveux. A nouveau, elle le remercia en soulignant qu’elle lui en devrait une à l’occasion. Il lui serra la main en répondant à son sourire par une expression aussi avenante que la sienne. Le voleur la suivit du regard regagner sa maison et vaquer à ses propres occupations.

Lui-même tourna alors les talons à cette rencontre singulière et entreprit de revenir à son activité favorite. Et puis, il avait un créancier impoli qui méritait une leçon. Non content de connaître les bonnes manières, l’homme serait plus léger de quelques pièces quand il rentrerait chez lui.
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Re: Chapardeur, voleur, douceur

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